"GRÈVE"
C'est le maître mot de ce jeudi. Je
n'alimenterais pas davantage la polémique en donnant mon
avis sur ce soulèvement de masse. Non. J'attendrais pour
cela d'être vieux, si j'y arrive. Je préfère
m'interroger sur l'utilisation largement répandue de
l'expression "jeudi noir". C'est
surement l'article de monsieur Albert ALGOUD (C'est comme
ça) paru cette semaine dans A Nous Paris, qui
m'en a donné l'idée.
Quand même, entendre "jeudi noir"
du matin au soir, à la radio,
à la télé et même le lire dans le
journal, commence à m'agacer
sérieusement. Surtout qu'à force de
répétition je ne vois même plus ce que
ça veut dire. Un "jeudi noir", sérieusement,
est ce que ça a un sens? Vous
parlerais-je d'un papier amical, d'un numéro
épicé ou encore d'une réflexion verte?
(Quoique...) Insensée au premier abord, cette expression
reflète le mode de pensée global qu'on nous inculque
à longueur de temps. Les "pistes noires" ou vertes, un "week
end classé rouge dans le sens des départs", "ceinture
blanche", "feu vert". etc. La couleur permet de donner
différents sens à des notions de gravité,
d'intensité, de sensation. Mais n'est-ce pas dangereux de
banaliser ces tournures? Car une couleur ne change pas mais le
contexte si. Notre cerveau ne risque-t-il pas de faire l'amalgame
psychologique entre ces différentes utilisations de la
couleur? Un sourire noir est plutôt malsain, est ce que le
"Jeudi noir" l'est aussi? Rien n'est moins sûr... Mais
peut-être que notre inconscient l'envisage à notre
insu...
J'arrête de tergivercer et je prends mon
petit dico d'étudiant afin de me fixer sur la gravité
de la chose. Mais rien sur une quelconque référence
historique. Je décide donc de googlé
(désolé celui-là non plus n'est pas dans le
dico). "Jeudi Noir" : "pour les jeunes en recherche de logement, le
jeudi est une journée noire : celle de la chasse aux
petites annonces." Ah oui, j'avais bien entendu le nom de cette
association dans l'actualité de ces derniers jours. Je
continue un peu et... BINGO! Je la trouve. La première
utilisation du mot : "le 24 octobre 1929 est
appelé jeudi
noir" dixit Wikipédia. Et voilà, la
plus grande crise économique du 20e siècle, le
krach boursier de New York, on
l'associe aujourd'hui à la grève des cheminots (entre
autres). N'est-ce pas décalé? Il faut dire
qu'il y a tellement de similitudes (ironique). Notre
grève aura certainement un impact mondial, était
imprévisible, sera marquée dans l'Histoire et aura
des répercussions économiques désastreuses.
Cependant, on ne lui inventera pas d'expression de
référence telle que "jeudi noir". Non,
désolé c'est déjà pris.
Alors bon, qu'on arrête un peu de nous
mettre du noir et du rouge partout. Surtout dans nos villes grises
polluées par des voitures pas très vertes. Ce jeudi
sera pénible certes, mais il ne sera pas noir.
Celui-là est déjà passé. Merci
bien!
-URIZEN-